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"Chaque année, j'ai des copains qui arrêtent": comment les agriculteurs de L'Amour est dans le pré voient l'avenir de leur métier?

 

Pression du marché, prix trop bas, conditions météorologiques capricieuses… Les agriculteurs doivent quotidiennement faire face à des difficultés inhérentes à leur profession. Nous avons interrogé les plus médiatiques d'entre eux, les agriculteurs de la saison 9 de "L'Amour est dans le pré", en cette fin d'année: leur métier a-t-il encore un avenir?

D'ordinaire, lorsqu'on évoque les agriculteurs de L'Amour est dans le pré, c'est pour parler de leur situation sentimentale, ou de la solitude qui les a menés à s'inscrire à l'émission. Mais si les rencontres amoureuses ne sont pas forcément faciles pour eux, c'est avant tout parce que ces hommes donnent la plupart de leur temps à leur métier, leurs champs, leurs bêtes. Et le climat économique n'est pas des plus simples en cette période pour les agriculteurs.

"On est tributaires des marchés mondiaux et de la technologie, on fait de moins en moins ce qu'on veut", note Manu, 51 ans, qui a choisi de reprendre la ferme de ses parents dans la région de Mons.


Trop de fluctuations des prix

Benoit, 47 ans, se consacre totalement à la culture, du froment notamment. Il possède une centaine d'hectares de terres à Quévy, dans la Hainaut, et a gardé quelques animaux, par pure passion. Dans son quotidien, il est confronté à d'importantes variations des prix. "Question rendement ça va mais les prix, c'est mondial : le froment, les betteraves, … Il faut gérer. Si on fait trop de rendement, les prix sont bas, et quand on ne fait pas assez de rendement, les prix sont hauts", explique-t-il. Ces fluctuations amènent une incertitude constante. "Il faut changer certaines choses pour que les prix du froment soient plus élevés, estime-t-il. "Normalement, il y a un avenir : on pourra toujours cultiver, pour produire du pain, du froment, du sucre…", se rassure-t-il.


Les petites fermes en voie de disparition: "Il faudra toujours devenir de plus en plus gros"

Chacun des sept fermiers que nous avons interrogés reste optimiste et s'accroche à son métier, mais le constat est rude: l'agriculture ne se porte pas bien et ils le ressentent plus que jamais.

Bernard, éleveur de 130 vaches Blanc Bleu Belge à Manhay, en province du Luxembourg, n'encouragerait pas un jeune à se lancer dans le métier. Il pense qu'il y a encore un avenir dans l'agriculture, mais selon l'Ardennais de 50 ans, les petites fermes sont vouées à disparaitre. "Malheureusement, il faudra toujours devenir de plus en plus gros pour s'en sortir. Mais il faudra toujours du lait, il faudra toujours de la viande", estime l'éleveur.

Il n'imagine pas qu'une ferme comme la sienne puisse perdurer. "Les petites exploitations comme la mienne sont amenées à disparaître, ça, j'en suis certain, déplore-t-il. Une ferme comme la mienne, ça ne sera plus viable et il faudra tomber dans des exploitations où il y a 7 ou 800 bêtes, et où on traite 200 vaches, pour s'en sortir".


"Je n'encouragerais pas un jeune à reprendre une ferme"

C'est le même constat que fait Manu: "Le métier évolue très fort et ce n'est plus le métier d'il y a 20-30 ans, dit-il. Ça devient de plus en plus des grosses fermes. Je n'encouragerais pas un jeune à reprendre une ferme".

Pourtant, le Montois est un amoureux de la nature, et des animaux. Il est véritablement passionné par le métier qu'il a toujours voulu exercer. Il met donc dans la balance son amour de l'agriculture avec les difficultés auxquelles il est confronté. "Au niveau législation et administration, on est fort tenus et c'est un côté négatif du métier. Maintenant, il y a des côtés positifs: on gère sa journée comme on veut, note-t-il. On est tributaires de la météo mais c'est depuis toujours. On est dans la nature, on travaille avec la nature, ça c'est le côté positif du boulot".


"Chaque année, j'ai des copains qui arrêtent"

Les plus jeunes l'ont bien compris: ils ont choisi un métier difficile. Tanguy a 26 ans. Il a repris la ferme familiale mais a déjà vu des amis quitter le métier parce que c'est de plus en plus difficile. "Chaque année, j'ai des copains qui arrêtent parce qu'ils en ont marre : trop de contraintes, trop compliqué, toujours des mises aux normes et tout pour nous emmerder", lance-t-il. Lui tient toujours le coup car il aime le métier d'agriculteur : "Si j'avais pris un autre métier, j'aurais eu une vie plus simple. La passion du métier est plus forte mais il faut s'accrocher quand même".


Trois frères qui s'épaulent

Pol et Etienne, agriculteurs à Givet, dans le nord de la France, ont un avantage face aux contraintes du métier : ils sont 3 frères à tenir la ferme, ce qui facilite les choses. "C'est notre force aussi d'être à plusieurs : quand il y en a un pour qui ça va pas, l'autre est là pour lui remonter le moral et lui dire 'ça va aller'", confie Pol, l'aîné. Ils se serrent les coudes mais épinglent aux aussi l'instabilité du métier.

"On est jamais fixés sur un prix de ce qu'on fait, explique Etienne, 27 ans. Une personne qui va travailler à l'extérieur, elle sait bien qu'au bout du mois, elle aura son salaire, nous, on ne sait jamais comment ça va aller. On dépend de tellement de choses…"

Ils restent unis et optimistes, d'autant plus que leur ferme, c'est toute leur vie : "J'y ai déjà consacré tellement de temps que j'ai vraiment envie que ça marche", ajoute Pol.


"Je n'ai pas voulu pousser mes enfants à faire ce métier-là"

Face à la disparition future inévitable de son exploitation, Bernard s'est fait une raison. "Ma ferme n'est pas viable, ce n'est pas gros assez pour être repris. Donc, le jour où j'arrête, ça disparaît… sans regret, relativise-t-il. Je n'ai pas voulu pousser mes enfants à faire ce métier-là, ils ne l'ont pas fait. Ils ont fait leur choix et voilà, la vie est faite ainsi".

Tanguy, le cadet des candidats de cette saison de L'Amour est dans le pré, décrit concrètement le quotidien difficile auquel il doit faire face.

"Il y a toujours des problèmes dans une ferme, tous les jours. Quand on se lève, on se demande ce qui va arriver aujourd'hui. Et puis chaque jour il faut résoudre le problème, explique le jeune fermier d'Engis, en région liégeoise.


"C'est moi le responsable"

C'est l'une des raisons pour laquelle il s'est inscrit à cette émission: pas simple en effet avec un tel quotidien de construire une vie sentimentale. "Ce n'est pas facile de trouver une copine, parce qu'il faut qu'elle s'y fasse. Un vêlage un peu difficile pendant la nuit, il faut se réveiller, raconte le fermier de 26 ans. Il faut qu'elle comprenne que moi les vacances, je peux trouver un copain pour m'aider ou me remplacer pendant 2-3 jours mais je ne peux pas partir 15 jours. Comme j'ai repris la ferme, c'est moi le responsable".

Tous s'accordent à dire que le métier d'agriculteur a beaucoup évolué ces dernières années. Face à ce constat, Herman, 39 ans, souhaite prôner le dialogue : en premier lieu avec les autorités afin qu'elles comprennent à quelles contraintes sont soumis les agriculteurs. "J'ai l'impression que les politiciens qui décident de notre métier, ils disent tous ce que les gens qui ne connaissent pas notre métier veulent entendre, et ça, ce n'est pas un bon signe", explique l'agriculteur originaire d'Overijse et installé en Wallonie.

Il aimerait donc pouvoir expliquer son travail aux hommes politiques comme aux citoyens. "Ils peuvent savoir ce qui se passe dans une ferme, et moi, je suis prêt à dialoguer avec eux, mais le problème c'est que les citoyens ne connaissent plus vraiment notre métier", dit-il enfin. 

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