Statu quo attendu de la BCE, qui a les yeux rivés sur la crise financière

 jeu 6 sep

La Banque centrale européenne s'apprête à prendre une décision délicate jeudi, entre un statu quo contre son gré et une hausse de taux nécessaire à ses yeux mais malvenue alors que les marchés restent nerveux et pourraient la forcer à intervenir de nouveau.

Début août, le président de la BCE Jean-Claude Trichet avait clairement ouvert la voie à une augmentation du principal taux de 4% à 4,25%. Les risques inflationnistes liés à la croissance solide et à la montée des prix du pétrole justifiait à ses yeux ce geste.

Mais fin août, après les remous sur les marchés provoqués par la crise des crédits hypothécaires à risques ("subprime"), il a brouillé les pistes, laissant entendre qu'un statu quo était possible, sans exclure une remontée des conditions du crédit.

Du coup, la grande majorité des experts penchent désormais pour des taux inchangés jeudi à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs. Il est préférable d'attendre que les marchés aient retrouvé leur calme avant d'agir, selon eux. Un conseil que lui a aussi prodigué l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) mercredi. Mais tout en reconnaissant que la BCE serait en droit de resserrer la vis.

Les pressions inflationnistes se sont "renforcées", avec "une inflation sous-jacente supérieure à 2% et dans un monde apaisé il y aurait motif pour poursuivre un resserrement modéré", a souligné le chef économiste de l'organisation Jean-Philippe Cotis. Les gardiens de l'euro se réunissent à partir de 07H00 GMT à Francfort. La décision sur les taux sera annoncé à 11H45 GMT et Jean-Claude Trichet tiendra une conférence de presse à 12H30 GMT.

Parallèlement à son annonce, la BCE a annoncé qu'elle était prête à injecter de nouveau du "cash" sur un marché monétaire dont la volatilité "a augmenté", selon elle. Face à la tornade provoquée par la crise du "subprime", qui s'est propagée aux marchés financiers et monétaires, l'institut s'était vu obligé en août, de concert avec d'autres grandes banques centrales, à abreuver le marché monétaire pour éviter une pénurie de liquidités.

Depuis, la nervosité est restée grande, malgré les assurances récentes de la BCE que la situation revenait progressivement à la normale. Tout reste possible jeudi, entre le statu quo et la hausse de taux, estiment les économistes."Le risque n'est pas négligeable que la BCE surprenne les marchés en procédant à une hausse de taux", souligne Holger Schmieding, chef économiste de Bank of America.

Marco Bargel, économiste chez Postbank, continue d'ailleurs à pencher pour cette option, faisant valoir que la crise financière n'a pas eu pour l'instant d'impact marqué sur l'économie réelle.