Procès de deux présumés meurtriers tortionnaires en prison

FAITS DIVERS  ven 9 jan

Le procès de deux hommes accusés de meurtre avec actes de torture ou de barbarie commis sur un compagnon de cellule de la maison d'arrêt Charles III de Nancy en 2004 s'est ouvert vendredi aux assises de Meurthe-et-Moselle.

Dans leur box, les accusés, cheveux courts et pulls rayés, le plus jeune, remis en liberté fin juillet 2005, comparaissant libre, l'autre toujours détenu, sont apparus plutôt calmes, a constaté un journaliste de l'AFP.

Johnny Agasucci, un peintre en bâtiment de 26 ans originaire de Sarrebourg (Moselle), avait été retrouvé mort le 25 août au petit matin, le corps couvert de lésions, par des surveillants alertés par ses deux co-détenus, Sébastien Simonnet et Sébastien Schwartz, 33 et 23 ans aujourd'hui.

Désignée comme le "larbin" de la cellule, la victime - pour la première fois en détention provisoire dans le cadre d'un trafic de stupéfiants - avait été persécutée, rouée de coups, étranglée, torturée, pendant les quinze jours précédant son décès, a-t-on appris après des avocats.

Mais aucun surveillant de la maison d'arrêt Charles III ne s'était rendu compte de son calvaire.

"Le crime est abject. Le contexte dans lequel il s'est déroulé est scandaleux. Ce jeune homme sans expérience carcérale s'est fait martyriser dans sa cellule pendant deux semaines sans que personne ne dise rien", s'est indigné l'avocat des frères de la victime, Me Xavier Iochum.

Sous l'emprise de ses tortionnaires, Johnny Agasucci avait caché ses souffrances à tous ses interlocuteurs. Les deux accusés se renvoient la responsabilité du crime, mais plusieurs témoignages présentent Sébastien Simonnet comme l'auteur le plus plausible des tortures et du meurtre.

Au moment des faits, Simonnet se trouvait en détention provisoire dans l'attente d'une comparution en appel pour actes de torture et de barbarie commis sur un autre détenu en 1999, pour lesquels il a été condamné en 2006 à 12 ans de réclusion, a rappelé l'avocat de M. Schwartz, Me Frédéric Berna.

"Ce dossier est un huis clos. Il n'y a pas de preuve. C'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Ce qu'on met pour appuyer les charges, ce sont les antécédents, le passé de mon client. En dehors de cela, rien ne permet d'affirmer que l'auteur du crime est plus l'un que l'autre", a affirmé le défenseur de Simonnet, Me Florent Girault.

"Simonnet est un psychopathe dangereux, une sorte d'Hannibal Lecter. Mon client n'est que le témoin de cette affaire. Physiquement, c'est une crevette d'1m55 pour 50 kilos. S'il avait bougé ce soir-là, ce n'est pas un cadavre qu'on aurait retrouvé, mais deux", a répondu Me Berna.

"Mais le plus surréaliste est que l'administration pénitentiaire ait pu mettre dans une même cellule Simonnet avec ces deux détenus. Il y a deux coupables dans cette affaire: Simonnet et la pénitentiaire", a-t-il poursuivi.

Quelques jours après le drame, l'ancien procureur de Nancy avait déclaré qu'"il n'y avait pas de prohibition à ce que ces individus se trouvent enfermés dans la même cellule".

"Il faut recadrer les choses par rapport à la réalité pénitentiaire", avait-il souligné, faisant allusion à la vétusté de la maison d'arrêt Charles III, construite en 1857 et qui abritait au moment des faits 340 détenus pour 259 places.

L'administration pénitentiaire a versé fin 2005 15.000 euros "à titre exceptionnel" aux proches de Johnny Agasucci, selon un courrier que s'est procuré l'AFP.