Presque toute l'Europe touchée par les coupures de gaz : le point sur le conflit Russie/Ukraine
La Russie fournit au total 40% des volumes importés de gaz de l'UE, dont 80% transitent par l'Ukraine, mais la dépendance de chacun des pays de l'UE est très variable, de 100% pour la Slovaquie à 0% pour une dizaine d'Etats dont le Royaume-Uni, l'Espagne. La Belgique n’importe que 5% de son gaz de Russie et est donc également à l’abri. Ce sont les pays d'Europe centrale qui sont en première ligne.
Dans l'UE, les livraisons ont été totalement interrompues mardi en Hongrie, dépendante à 65% du gaz russe, en Grèce (81%), en Bulgarie (90%). Quatre pays des Balkans destinés un jour à rejoindre le bloc européen ne reçoivent plus rien non plus: Croatie, Bosnie, Serbie et Macédoine. Les livraisons ont également fortement baissé en Pologne, Autriche, Slovaquie, Slovénie et Roumanie.
Les pays d'Europe occidentale, moins dépendants du gaz russe, sont aussi désormais touchés: en France, les livraisons ont baissé de plus de 70% mardi, et en Italie de 90%. Des baisses de pression ont été enregistrées en Allemagne.
Pour l'instant, la présidence tchèque de l'UE, qui a dénoncé une situation "complètement inacceptable" et réclamé le rétablissement des approvisionnements, estime que la situation n'est "pas encore critique", les pays touchés pouvant puiser dans des réserves pour l'instant élevées. Mais "si elle dure plusieurs jours, nous aurons un sérieux problème", a estimé le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra, alors que l'UE a prévu vendredi une réunion de son groupe de coordination sur le gaz.
Plusieurs pays de l'Est ont d'ailleurs déjà réclamé une réaction coordonnée de l'UE pour pallier d'éventuels risques de pénurie. "Nous comptons sur la solidarité européenne", a ainsi déclaré le Premier ministre bulgare Sergueï Stanichev, estimant "inacceptable" que les Européens deviennent "otages" de cette crise russo-ukrainienne. "La Commission européenne devrait préparer un catalogue d'actions à court et à long terme", a ajouté le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski. Il a en particulier appelé à modifier la législation sur la sécurité énergétique de l'UE, notamment "la notion des perturbations importantes des livraisons". Si la crise n'est pas résolue, le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek n'a pas exclu "une option extrême" qui consisterait à organiser un sommet tripartite au plus haut niveau avec la Russie et l'Ukraine.
Mais Russes et Ukrainiens semblent prêts à reprendre les négociations: le patron de la compagnie gazière publique ukrainienne Naftogaz, Oleg Doubina, se rendra à Moscou jeudi pour y rencontrer son homologue russe de Gazprom. Gazprom est "prêt à discuter jour et nuit" avec Kiev pour régler le conflit, a affirmé à Berlin le numéro deux de l'entreprise Alexandre Medvedev, qui a estimé une nouvelle fois que "la partie ukrainienne est complètement responsable de tout ce qui arrive".
Moscou et Kiev se rejettent mutuellement la responsabilité du conflit, la Russie accusant l'Ukraine de "voler" une partie du gaz russe transitant sur son territoire vers le reste de l'Europe. L'Ukraine accuse la Russie de ne pas fournir le gaz nécessaire aux clients européens. Moscou a coupé le 1er janvier l'approvisionnement en gaz de l'Ukraine, faute d'un accord sur le prix pour 2009 et sur des arriérés de paiement. A l'hiver 2005-2006 déjà, un différend russo-ukrainien avait brièvement perturbé l'approvisionnement en gaz de plusieurs pays d'Europe.
Une délégation de la présidence tchèque et de la Commission européenne devait rencontrer Alexandre Medvedev de Gazprom ce mardi à Berlin.
Le conflit sur le gaz qui oppose la Russie et l'Ukraine ne devrait pas affecter l'approvisionnement en Belgique, assuré pour l'essentiel par le Qatar, la Norvège et les Pays-Bas. Seul 5% du gaz consommé dans notre pays provient de Russie.
Les données les plus récentes datent de 2007. Le leader du marché Distrigaz détenait alors 78% du marché. Le reste de la distribution était assuré par Gaz de France, devenu Suez GDF (15%) et Wingas (6%). Seul ce dernier, détenu conjointement par BASF et Gazprom, livre pour une grande partie du gaz russe.
Pas de risque d’augmentation drastique des prix chez nous non plus
Les tensions internationales pourraient pousser les prix du gaz à la hausse mais les fournisseurs belges sont là aussi relativement bien armés pour faire face à la crise. Ainsi 90% du gaz naturel fourni par Distrigaz est couvert par des contrats à long terme avec les Pays-Bas (35%), la Norvège (35%) et le Qatar (20%). Seul 10% du gaz distribué est acheté à un prix qui fluctue à tout moment selon l'offre et la demande. "Jusqu'à lundi compris, nous n'avons vu aucun mouvement; pour aujourd'hui (mardi, ndlr), je ne le sais pas encore", a indiqué le porte-parole de Distrigaz, Thierry Rotsart.
L'approvisionnement de Distrigaz est garanti, en raison de ses nombreux contrats à long terme. "Même si d'autres pays se tournent vers la Norvège ou les Pays-Bas, notre approvisionnement reste garanti", ajoute le porte-parole. En outre, la Belgique dispose de deux sites de stockage, l'un à Loenhout en Campines et l'autre à Zeebrugge, où des millions de mètres cubes de gaz sont entreposés. Ces cuves de stockage servent à faire face aux pics de consommation. "Elles sont remplies en été et actuellement, au début de l'hiver, elles sont encore quasiment pleines. C'est grosso modo le cas partout en Europe", souligne encore M. Rotsart.
Le futur devra passer par la diversification
En 2007, l'Union Européenne a consommé 505 milliards de mètres cubes de gaz. D'ici 2030, cette consommation devrait progresser de 43%, selon Eurogaz, la fédération de l'industrie gazière européenne. L'Union ne sera capable d'en fournir qu'un quart, ses ressources en la matière étant limitées. La Russie qui livre actuellement un quart du gaz consommé en Europe, restera un partenaire important dans ce domaine. "Notre stratégie de diversification est payante. Nous étions parmi les premiers à opter pour le gaz naturel liquéfié (GNL) qui permet d'importer de très loin, par exemple du Qatar, par bateau, du gaz naturel", explique encore le porte-parole de Distrigaz. "Maintenant, nous voyons d'autres pays comme l'Espagne ou la Grande-Bretagne construire des terminaux GNL", ajoute-t-il. Des projets de pipe-line alternatifs passant par la Turquie, la Mer Baltique ou la Mer Noire sont également à l'étude (voir encadré).








