Parties civiles: Geneviève Lhermitte a agi avec préméditation et en pleine conscience
Ces plaidoiries ont remis Geneviève Lhermitte en face de la réalité crue de ses actes. Des actes réalisés, selon la conviction déclarée aujourd'hui par la plupart des avocats, en pleine conscience et avec préméditation. Tous ont requis la culpabilité et ont émis des doutes quant au changement radical de l'avis des experts psychiatriques énoncé hier et estimant l'accusée totalement irresponsable de ses actes au moment des faits.
L'audience a donc repris ce matin, peu après 9h, en ce huitième jour de procès d'assises. Celui-ci a débuté par la demande de Bouchaib Moqadem, l'ex-mari de Geneviève Lhermitte, de mettre les photos des cinq enfants tués devant le pupitre où allaient plaider les avocats des parties civiles. Elles allaient y rester durant toutes les plaidoiries.
L'avocate de Bouchaib Moqadem, Maître Fernande Motte de Raedt, a été la première à prendre la parole. L'introduction de sa plaidoirie a fait brutalement rentré dans la salle la douleur indicible du père, a fait aussi rentré dans la salle cinq petites ombres, ceci après une journée d'hier dominée par Geneviève Lhermitte et les circonstances atténuantes, à travers le soutien des témoins de moralité et l'avis du collège des experts psychiatriques.
"Quel est le rôle de la partie civile dans un semblable procès ?" a demandé l'avocate. Avant de répondre: "Une partie civile ordinaire demande réparation. La notion de demande est ici dépassée. Car monsieur Moqadem n'a plus rien à demander à personne !" (Les avocats des soeurs et de la maman de Bouchaïb exprimeront à peu près la même chose dans l'après-midi). Bouchaib Moqadem voulait ce procès dans l'"intérêt supérieur de l'humanité", a déclaré l'avocate. "Il a vécu 5 fois l'irréparable, sa présence ici n'est dictée que par l'amour de ses enfants. Car il ne peut pas les abandonner (...) Il demande justice pour ses enfants à qui on a volé le bien le plus précieux: la vie" a-t-elle poursuivi. La même demande de justice sera émise par la maman de Bouchaib par la voix de son avocat, dans l'après-midi.
"Bouchaib, ta douleur est immortelle"
Insistant sur l'amour de Bouchaib Moqadem pour ses enfants et sa femme, Maître Fernande Motte de Raedt a rappelé l'horreur des faits en décrivant la scène du quintuple infanticide: "Chaque fois qu'un cri ou un gémissement peut se faire entendre, Geneviève Lhermitte ferme la porte" rappelle-t-elle. Et elle poursuit en rappelant la froide procédure: "Chaque fois laver le couteau, laver le visage, ses vêtements noirs cachant les taches de sang. Puis réapparaitre pour tuer l'enfant suivant". "Je ne demande pas de réparation parce que Bouchaib ne demande pas de réparation. J'ai simplement voulu vous rappeler 17 ans de bonheur puis la mort de 5 enfants innocents, la volonté intransigeante de vouloir les faire mourir, aucune pitié à aucun moment. Et, pendant ce drame, Bouchaib préparait sa valise au Maroc et trépignait de bonheur de rejoindre ses 5 enfants..."
Dans un silence où l'émotion envahissait jusqu'à la salle de presse où nous nous trouvions, l'avocate a terminé sa plaidoirie par ces mots: "Tous ceux qui t'entourent savent que ta douleur est immortelle et ne s'éteindra qu'avec ta propre mort. Tu répétes inlassablement les prénoms de tes 5 enfants. A chaque réveil, cette pensée, comme une chape de plomb (...) Il te reste la foi, que tu as approfondie, qui t'as permis de vivre encore aujourd'hui, devant l'immensité d'un chagrin aussi total. Courage" a dit Maître de Raedt en guise de conclusion. L'audience a alors été suspendue. Il était un peu moins de 10h30.
"Ici, c'est le débat de la raison, le débat du coeur ce sera après"
Après une interruption, Me Abdelhati Amrani, deuxième avocat de Bouchaib Moqadem, a enchaîné. Il s'est attaché à démontrer qu'il y avait bien eu préméditation, qu'il y avait bien eu "résolution criminelle antérieure et réfléchie".
Maître Amrani a insisté auprès des jurés sur le fait que, devant cette cour, étaient jugés les faits. "On a dit d'elle 'bonne mère', 'dépressive',... Tout ça, c'est un autre débat. Ici, c'est le débat de la raison! Le débat du coeur, ce sera après! Oui, on sait qu'elle était extraordinaire, tout le mode est venu vous le dire. Mais cela ne doit pas rentrer dans le premier débat qui est celui de la raison!"
L'avocat a achevé sa plaidoirie vers 11h30, concluant qu'il était inacceptable d'avoir assassiné moralement Bouchaïb Moqadem (NDLR: accusé d'absence, accusé de violences, y compris sexuelles). Il a requis la culpabilité avec préméditation: "Affirmer que Geneviève Lhermitte n'est pas coupable, c'est donner un permis de tuer! C'est dire à des gens dans la société: 'Vous pouvez commettre l'irréparable' "! Peu auparavant, il avait qualifié l'accusée d'être "une des plus grandes manipulatrices que la justice ait connue".
Geneviève Lhermitte aurait dû parler au Dr Schaar
La plaidoirie de maître Amrani terminée, l'audience a été suspendue jusqu'à midi. Maître de Quévy, l'avocat du Dr Schaar a ensuite pris le relais. Il est revenu sur la vague d'accusations qui a frappé son client et Bouchaib Moqadem. Il a décrit la vie du Dr Schaar qualifié de "trop bon" et qui a donné sans compter pour Bouchaïb qu'il considérait comme son fils adoptif, sa femme Geneviève et leur cinq enfants qu'il considérait, là aussi, comme ses petits-enfants. L'avocat a regretté que Geneviève Lhermitte n'ait pas été parler avec le Dr Schaar pour lui dire qu'il était de trop, qu'elle le trouvait envahissant. Cela l'aurait libérée et, très probablement selon l'avocat, le Dr Schaar aurait accepté de se retirer.
Me de Quévy a exprimé ses interrogations face au volte-face des psychiatres à propos desquels il s'est demandé s'ils avaient bien lu le dossier ou s'ils ne s'étaient pas contentés d'une psychanalyse centrée exclusivement sur les dires de Geneviève Lhermitte.
"Sourire magistral"
Maître de Quévy a achevé sa plaidoirie en rappelant les enfants. Un moment émouvant. "Mina, jolie petite frimousse et au sourire magistral, Myriam aux grands yeux étonnés, sportives, studieuses et au sourire magistral, Nora, douceur personnifiée au visage magnifique de madonne de Botticelli, gentille et au sourire magistral, Jasmine, la douceur du Jasmin, brillante, intelligente, admirée de tous ses camarades, aidant au ménage, d'une douceur sans borne, elle avait un avenir programmé et... elle avait un sourire magistral. Ils avaient le sourire Moqadem. Le Dr Schaar pleure tous les jours en pensant à vous. Son avenir est brisé".
Manipulation et mensonge
Les audiences de l'après-midi ont repris à 14h15. Maître Marc Kauten représentait la grand-mère paternelle des enfants, une femme désormais alitée, qui ne veut plus s'alimenter, malade de la mort des ses petits-enfants, malade d'avoir vu des images du procès à la télévision marocaine (elle habite au Maroc). Maître Christine Callewaert est montée, elle, à la barre pour sa cliente Naïma, soeur cadette de Bouchaïb. La maman et la soeur de Bouchaïb voulaient être représentées non pas pour obtenir réparation mais avant tout pour faire savoir leur douleur et connaître la vérité, a déclaré l'avocate. Les deux avocats ont estimé Geneviève Lhermitte coupable. "Je dirais que madame Lhermitte a été à l'école de la manipulation et du mensonge" a estimé maître Kauten. Madame Callewaert a demandé à Geneviève d'aller jusqu'au bout et de ne pas reporter la faute sur les autres.
Pas d'internement
Maître Nathalie Gallant, enfin, a passé un long moment pour expliquer la loi de défense sociale qui pourrait mener à une libération de l'accusée. Elle avait débuté sa plaidoirie en boulet de canon, déclarant que la Belgique était malade: "l'accusée devient victime. Les victimes deviennent les accusés". Elle faisait référence particulièrement à la journée d'hier. Elle a souhaité mettre en évidence la stratégie de la défense où la responsabilité de Geneviève Lhermitte est diluée sur d'autres (NDLR: le Dr Schaar et Bouchaib principalement, mais aussi, d'une certaine façon, les parents de Geneviève et leur manque d'appui et d'affection). Elle s'est aussi attachée à démontrer qu'il y avait préméditation. Elle a, comme d'autres avocats de la partie civile avant elle, remis en cause les critères sur lesquels se sont basés les psychiatres pour remettre leurs conclusions. L'avocate a indiqué vouloir une sanction et non pas un internement. "La pire chose pour une mère est d'être déclarée irresponsable" a-t-elle considéré. Elle a élargi à la société toute entière: "La conscience sociale serait émue que l'on puisse tuer ces enfants et être rendue irresponsable de ses actes" a-t-elle dit.
Demain: les plaidoiries de la défense débuteront à 10h. A suivre en direct sur RTLinfo.be
Fabrice Cecchi








