Le gouvernement conservateur canadien va se battre pour éviter sa chute

INTERNATIONAL  mar 2 déc

Le gouvernement canadien de Stephen Harper s'est dit déterminé mardi à utiliser "tous les moyens", y compris une éventuelle suspension du parlement, pour éviter sa chute et l'arrivée au pouvoir d'une coalition soutenue par les "séparatistes" québécois.

Confronté à sa pire crise depuis son arrivée au pouvoir début 2006, M. Harper lutte pour la survie de son gouvernement minoritaire, moins de deux mois après sa réélection.

Les trois partis d'opposition ont conclu lundi un accord pour le remplacer par un gouvernement de coalition, estimant que M. Harper n'a pris aucune mesure efficace pour aider le Canada à faire face aux conséquences de la crise économique mondiale.

"Cet accord conclu avec les séparatistes constitue une trahison des intérêts des électeurs, de ce pays et de son économie. Nous allons le combattre avec tous les moyens dont nous disposons", a lancé un Stephen Harper extrêmement combatif, lors d'une séance houleuse de la Chambre des Communes.

M. Harper faisait allusion au fait que la coalition formée par le parti libéral (centre) et le Nouveau parti démocratique (NPD, gauche) doit être soutenue par le Bloc québécois (indépendantiste) dont l'objectif à terme est l'indépendance du Québec.

Si le chef du parti libéral Stéphane Dion, qui doit diriger la coalition, "veut être Premier ministre avec le soutien des séparatistes, alors il doit soumettre cette option au peuple canadien", lors d'une nouvelle élection, a-t-il lancé.

"En tant que Premier ministre, j'ai la responsabilité de ne pas laisser les clef du pays à un groupe de ce genre", a-t-il ajouté.

Indiquant que le gouvernement combattrait l'accord de l'opposition avec "tous les moyens légaux à sa disposition", un proche collaborateur de M. Harper a laissé entendre que celui-ci pourrait demander une suspension temporaire des travaux du parlement.

Cela éviterait que les partis d'opposition ne renversent le gouvernement conservateur par une motion de censure, ce qu'ils ont l'intention de faire lundi prochain. M. Harper avait déjà reporté ce vote d'une semaine pour se donner un répit.

Dans le système canadien, si M. Harper veut obtenir une "prorogation" c'est-à-dire la suspension temporaire des travaux de la chambre, il devra en faire la demande à la gouverneure générale Michaëlle Jean, représentante de la reine d'Angleterre Elizabeth II et en tant que telle chef d'Etat du Canada.

Celle-ci a fait savoir mardi qu'elle rentrait plus tôt que prévu d'une tournée dans quatre pays d'Europe de l'est "en raison du contexte politique actuel au Canada" et serait dès mercredi à Ottawa.

Luc Juillet, politologue à l'université d'Ottawa, a jugé probable que cette demande soit présentée à Mme Jean et qu'elle y accède.

Si le Premier ministre demande "du temps pour voir s'il peut sauver les meubles, cela paraîtrait déraisonnable et biaisé en faveur de l'opposition de lui refuser ces quelques semaines. Je pense qu'elle va probablement lui accorder ça", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le gouvernement conservateur a également prévu des rassemblements dans tout le pays et lancé une campagne publicitaire pour dénoncer la coalition et l'accord conclu avec le Bloc québécois qui vise, selon lui, à s'emparer du pouvoir sans passer par les urnes.

Le quotidien de référence The Globe and Mail a estimé mardi que le leader libéral Stéphane Dion, sévèrement battu lors du scrutin du 14 octobre, "n'a pas gagné le droit de gouverner".

Mais il a aussi jugé que M. Harper et ses "machinations" étaient largement responsables de la situation actuelle et a suggéré qu'il démissionne et quitte la direction du parti conservateur.