Davignon rejeté par l'AG Fortis: 'Je suis en paix avec moi-même'
Lundi, à Utrecht, il avait obtenu une majorité ténue de 50,6% des suffrages. Le rejet de la candidature de M. Davignon signifie que l'actuel conseil d'administration restera en place, en attendant l'organisation d'une nouvelle assemblée générale.
"L'assemblée générale a pris sa décision. C'était son droit" a commencé par déclarer l'homme d'affaire aux nombreux journalistes lui demandant sa réaction. "Quelle était la question ? La question était de savoir si j'avais raison de croire que je pouvais aider les actionnaires ou si les actionnaires estimaient que l'offre de service n'était pas valable. Ils ont choisi qu'elles n'étaient pas valables" a poursuivi Etienne Davignon. Déçu ? "Je suis en paix avec moi-même. Ils ont pris une décision et c'est très bien comme ça" a confié l'homme à la pipe ajoutant que "à 76 ans, on ne commence pas à faire une carrière". Il a conclu qu'il poursuivrait son travail dans les différents autres postes qui sont les siens.
"La seule raison qui est la mienne est que je suis convaincu qu'il existe dans la holding de quoi créer de la valeur pour les actionnaires", avait déclaré M. Davignon, juste avant les votes. "Croire, comme certains, qu'il y a un accord entre Ping An, le gouvernement belge et moi, atteint les limites du ridicule", avait-t-il ajouté.
Karel De Boeck, qui était quant à lui proposé au poste de CEO de Fortis SA/NV, a été élu par les actionnaires avec 67,27% des voix. Proposé en tant qu'administrateur, Louis Cheung a en outre été plébiscité, avec 86,13% des suffrages exprimés. Comme lundi à Utrecht, les actionnaires ont rejeté les candidatures de Philippe Bodson (40,78% des voix) et de Jan-Michiel Hessels (43,77%) aux postes d'administrateurs.
Une première conséquence de ces votes est qu'une nouvelle assemblée générale des actionnaires de Fortis devra avoir lieu afin de nommer un nouveau conseil d'administration de Fortis, tandis que le conseil d'administration sortant restera en place jusque-là.
Le management Fortis reconnaissait ses fautes
Plus de 10.500 actionnaires de Fortis ont exprimé leur colère face au démantèlement du bancassureur, ce mardi lors de l'assemblée générale de Bruxelles qui a servi pendant plusieurs heures d'exutoire à de nombreux petits actionnaires lésés.
Les responsables de Fortis ont été accueillis, peu avant 10h30, sous les huées et les sifflets d'une partie des actionnaires, certains criant aux "voyous". "Hélas, personne n'est ici avec un bon sentiment", a déclaré Jan-Michiel Hessels, vice-président du conseil d'administration sortant de Fortis, en guise d'introduction.
Premiers à prendre la parole parmi les actionnaires, les représentants du cabinet de conseil aux actionnaires Deminor ont demandé à ce que l'assemblée générale puisse se prononcer sur la nomination d'un nouveau conseil d'administration, présidé par Georges Ugeux et différent de celui proposé par la direction sortante au vote des actionnaires.
Cette demande a aussitôt été rejetée par le vice-président de Fortis, Jan-Michiel Hessels. Ce dernier a justifié son refus par l'obligation, pour une société cotée comme Fortis, de permettre à tous les actionnaires de pouvoir se prononcer sur le nouveau conseil d'administration, ce qui ne serait pas le cas, selon lui, si ce conseil d'administration alternatif était proposé ce mardi au vote de l'assemblée générale.
Selon Deminor et l'association Test-Achats, mais aussi d'autres associations d'actionnaires présentes, les noms proposés pour occuper un siège au nouveau conseil d'administration de Fortis SA/NV ne réunissent pas la compétence ou l'indépendance nécessaires.
"Il ne reste à Fortis que des actifs toxiques, des dettes et des procès à intenter", a estimé Pierre Nothomb, de Deminor, jugeant en outre qu'Etienne Davignon n'était pas la personne adéquate pour occuper le poste de président du conseil d'administration de Fortis SA/NV.
Etienne Davignon: trop lié à l'ancien management
"Etienne Davignon n'est pas 'the right man at the right place'. Il est trop lié à l'ancien management ou à l'Etat", a ajouté de son côté un représentant de Test-Achats, estimant que les noms proposés pour le nouveau management revenaient "ni plus ni moins à faire du neuf avec du vieux".
Durant leur intervention, les représentants de Deminor ont également pointé du doigt le management sortant de Fortis. "Le conseil d'administration de Fortis fait partie du club fermé du conseil d'administration qui a détruit le plus de valeur en quelques jours.
« Si le chef n’est pas là quand les choses vont mal, c’est un lâche »
De nombreux actionnaires ont déploré l’absence de Maurice Lippens, l'ancien homme fort du bancassureur belgo-néerlandais Fortis "démissionné" au plus fort de la crise financière durant le week-end des 4 et 5 octobre derniers.
"Où est M. Lippens? Quand les choses vont mal, il faut que le chef soit là", a fait remarquer avec virulence un petit actionnaire à l'adresse du management de Fortis. "Si le chef n'est pas là quand les choses vont mal, c'est un lâche", a-t-il ajouté, sous les applaudissements, regrettant que l'ancien homme fort de Fortis ne soit pas présent pour répondre aux questions des actionnaires réunis à Bruxelles.
L'absence de l'ancien administrateur délégué de Fortis, Jean-Paul Votron, qui a quant à lui démissionné de ses fonctions le 11 juillet dernier, a également été dénoncée par plusieurs actionnaires de Fortis."Est-ce que MM. Lippens et Votron vont restituer une partie de la dorure de leur parachute? ", a questionné cet autre actionnaire, ajoutant que l'écrivain disparu Hugo Claus aurait pu écrire le second volet du "Chagrin des Belges".
"Plus de 15 milliards d'euros sont partis dans l'atmosphère", a dénoncé Deminor. Dans une intervention entrecoupée par les huées et les cris d'actionnaires, Jan-Michiel Hessels, est revenu sur le contexte de crise financière internationale et sur les événements vécus par Fortis depuis avril 2007 et la formation du consortium bancaire en vue de l'acquisition d'ABN Amro. "Une très grande majorité des actionnaires avait approuvé l'acquisition d'ABN Amro et l'augmentation de capital", a-t-il rappelé, avec flegme, à l'adresse de l'assemblée générale.
De son côté, Filip Dierckx, l'administrateur délégué sortant de Fortis, s'est penché sur les événements de la fin septembre et du début du mois d'octobre. Des jours qui ont été marqués par une situation critique combinant chute du cours de bourse, perte de l'accès au marché des crédits interbancaires et rumeurs non fondées sur les marchés, a rappelé M. Dierckx.
Furieux et désabusés
Face aux nombreuses questions posées par des actionnaires, tantôt furieux, tantôt désabusés, les responsables de Fortis ont tenté de justifier les prises de décisions intervenues au cours des derniers mois afin, selon eux, d'éviter la faillite du bancassureur.
Plus de 5.500 actionnaires de Fortis, représentant 23% du capital social, sont présents ou représentés ce mardi lors de l'assemblée générale de Bruxelles, a-t-on encore appris. Le vote sur le nouveau conseil d'administration est attendu vers 15 heures.








