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En Allemagne, les stéréotypes sur la Jamaïque s'invitent dans la politique

En Allemagne, les stéréotypes sur la Jamaïque s'invitent dans la politique
Des caricatures de la chancelière allemande Angela Merkel en Une de journaux et magazines, le 9 novembre 2017 à BerlinJohn MACDOUGALL
 

Ces derniers temps, on peut découvrir en Une des journaux les plus réputés d'Allemagne Angela Merkel coiffée de dreadlocks, passant un joint à d'autres responsables politiques à l'accoutrement similaire.

Le très sérieux Frankfurter Allgemeine Zeitung, le tabloïd Bild comme le quotidien conservateur Die Welt ont usé de telles caricatures pour illustrer les négociations sur la formation d'un gouvernement "jamaïcain" entre conservateurs, libéraux et écologistes, une référence aux couleurs noire, jaune et verte de ces partis qui sont celles du drapeau de la Jamaïque.

Dès le lendemain des législatives du 24 septembre qui ont forcé la chancelière à chercher cette alliance a priori contre-nature, les blagues sur le thème jamaïcain ont déferlé.

Certaines sous forme métaphorique sont plutôt réussies, comme lorsque le conservateur bavarois Andreas Scheuer, décrivant la difficulté des pourparlers, évoque les "8.500 kilomètres séparant l'Allemagne" de l'île des Caraïbes.

D'autres remarques sont plus douteuses. Comme cet éditorialiste de Die Welt qui demande si "un gouvernement allemand peut vraiment porter le nom d'un paradis de la défonce?".

Chez les militants anti-racistes, ces propos crispent. "C'est la reproduction de points de vue, d'images racistes", insiste Tahir Della, de l'Initiative pour les personnes noires d'Allemagne: "Cela doit cesser".

"Même lorsqu'on n'est pas directement concerné, on doit se demander +(quels stéréotypes) suis-je en train de reproduire?+", poursuit-il.

Plus magnanime, George Llewellyn, un chef cuisiner jamaïcain installé à Wuppertal (ouest), juge que cet humour relève plus de l'ignorance que du racisme.

- Satire et stéréotypes -

"Les gens qui font de telles blagues ne comprennent pas les aspects culturels" des traditions en Jamaïque, et "ceux qui comprennent la culture ne font pas ces blagues", dit-il à l'AFP, expliquant accepter la situation car "nous vivons dans un pays démocratique".

Le professeur de sciences politiques de l'Université libre de Berlin, Joachim Trebbe, y voit aussi "un traitement discriminatoire", qui, sans être volontairement "méchant", est tout aussi malvenu que l'image de "buveurs de bières en culottes en peau" des Allemands.

"C'est ainsi que l'on fait de la caricature", rétorque Nikolas Busse, rédacteur en chef du magazine Frankfurter Allgemeine Woche.

Croquer les dirigeants allemands en Rastafaris intoxiqués "nous paraissait une idée rigolote pour illustrer cette situation loufoque où une coalition gouvernementale porte le nom d'un autre pays (...) et que cette coalition semble (politiquement) très improbable", poursuit-il.

M. Della regrette que les critiques soient "systématiquement balayées avec la phrase +en satire, tout est permis+".

Selon Lutz Tillmanns, du Conseil de la presse, l'organisme de surveillance de la profession, ces blagues jamaïcaines n'ont pas donné lieu à des réclamations en série mais il reconnaît que les plaintes où "la couleur de peau" est un facteur se sont multipliées avec l'afflux en trois ans de plus d'un million de migrants.

- 'Nègre merveilleux' -

Celles-ci dominent par rapport à celles formulées par les communautés juive et rom, victimes du nazisme au siècle dernier et qui font l'objet d'une vigilance toute particulière.

"La couleur de peau joue un rôle plus important car elle peut se retrouver mise en relation de manière explicite avec la criminalité ou les soupçons de criminalité", reconnaît-il.

La thématique est d'autant plus sensible que l'Allemagne vient de voir son paysage politique redessiné par l'entrée historique au Parlement de l'AfD, un parti d'extrême droite.

Dès lors, pour M. Della, il est urgent que la société se montre plus vigilante. "La compréhension du fonctionnement du racisme et de ses mécanismes n'est pas très avancée en Allemagne", regrette-t-il.

Par exemple, le ministre bavarois de l'Intérieur Joachim Herrmann n'a pas vu sa carrière affectée lorsqu'il qualifia en 2015 le chanteur germano-cubain Roberto Blanco de "nègre merveilleux", ni lorsqu'il loua les noirs pour leurs qualités footballistiques: "Au Bayern, il y en a aussi beaucoup avec la peau noire qui jouent et les fans trouvent ça très bien".

L'ambassade jamaïcaine en Allemagne n'a elle pas réagi au déferlement de blagues. Interrogée par l'AFP, elle a choisi un "no comment" très diplomatique.

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