Monde - Europe lun 2 nov, 7:42
Le 2 novembre 2004, le cinéaste Theo van Gogh était assassiné à Amsterdam au nom de l'islam radical : cinq ans plus tard, la ville, dont la moitié de la population est d'origine immigrée, a profondément changé son approche de l'islam et de l'intégration.
"C'était comme si, avant le meurtre de van Gogh, il n'y avait pas eu de musulmans aux Pays-Bas. D'un jour à l'autre, on a réalisé qu'ils existaient et qu'il fallait les prendre en mains, c'était la panique", raconte Ahmed Marcouch, le maire marocain de Slotervaart.
Le jeune Marocain qui a tiré sur Theo van Gogh, virulent critique de l'islam, habitait dans cette banlieue d'Amsterdam de 45.000 habitants. Arrêté peu après le meurtre, il a été condamné à la prison à vie.
Amsterdam était surtout connue pour sa politique de "tolérance multiculturelle" mais "la peur et l'incompréhension régnaient de part et d'autre", affirme Joris Rijbroek, chargé de la politique de la ville. Des mosquées ont été incendiées après le meurtre, rappelle-t-il.
La ville a adopté en urgence fin 2004 un plan, doté de 5 à 7 millions d'euros par an, pour lutter contre la radicalisation islamique et encourager la cohésion sociale.
Les projets d'associations d'immigrés sont subventionnés et un dialogue a été instauré avec les représentants des mosquées. Une émission de télé-réalité, présentant des familles turque, surinamienne et marocaine dans leur vie quotidienne, a été financée et diffusée sur la chaîne locale.
Selon une étude commandée par la ville d'Amsterdam, 2% de la population musulmane de la capitale, soit 1.000 à 1.500 personnes, sont à la fois orthodoxes et politiquement actifs, ce qui les rend "sensibles à la radicalisation".
"Il s'agit surtout de jeunes de 16-18 ans qui se sentent discriminés et sont très méfiants envers la politique", explique le politologue Jean Tillie, qui a dirigé l'étude. "Ce groupe est assez important pour qu'une politique appropriée soit mise en place, et c'est ce qui s'est passé", souligne-t-il.
La commune de Slotervaart, où sont nés plusieurs autres jeunes islamistes radicaux qui ont été arrêtés après l'assassinat de Theo van Gogh, a ainsi nommé en 2007 un "spécialiste de la radicalisation", Hassan Maimouni.
En coordination avec les travailleurs sociaux, les animateurs de quartier, la police et les mosquées, M. Maimouni a repéré en deux ans et demi environ 35 jeunes attirés par l'islamisme radical.
Des travailleurs sociaux spécialement formés tentent d'établir le dialogue. "Le but est de les ramener dans le giron de la société, de réduire le fossé car ils se sentent souvent très isolés socialement", dit-il. Certains ont été signalés à la police.
"Le débat sur l'islam s'est terriblement durci" aux Pays-Bas depuis 2004, assure Jean Tillie en rappelant la popularité du député d'extrême-droite à la rhétorique anti-islamique Geert Wilders.
"Il y aura encore des tensions", met en garde Ahmed Marcouch, qui a encouragé dans sa banlieue la construction d'une "mosquée du polder" où les prêches se font en néerlandais et les hommes et femmes prient ensemble : "les musulmans ont peur de perdre leur identité et la société néerlandaise a peur d'eux".









Depuis le meurtre de Theo van Gogh, Amsterdam a changé son approche de l'islam