Les travestis d'un photographe français font sensation à Buenos Aires

Les travestis d'un photographe français font sensation à Buenos Aires
Une fois franchi le portail du Bois de Palermo, des créatures à moitié nues apparaissent à la lumière des phares : "Je ne suis pas un client comme un autre", prévient le photographe Robinson Savary, dont l'exposition "Los Raros" ("Les Etranges") fait sensation à Buenos Aires.
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Une fois franchi le portail du Bois de Palermo, des créatures à moitié nues apparaissent à la lumière des phares : "Je ne suis pas un client comme un autre", prévient le photographe Robinson Savary, dont l'exposition "Los Raros" ("Les Etranges") fait sensation à Buenos Aires.

"J'ai su tout de suite, en les voyant, que je ferais des photos avec elles", dit ce Français de 40 ans, également metteur en scène, venu pour la première fois sur les lieux en repérage pour son prochain film.

On entend : "Robin !". Il descend du taxi, échange quelques mots avec l'une d'entre elles, puis regagne son siège. "Je veux montrer leur vérité, explique le photographe. Mais je sais qu'elles resteront masquées, car chacune s'est créé un personnage".

Mikaela di Stefano, Stefania, Carolina, Wanda, Sayuri, Laura, Sayra, Naty, Daniela Miller, Brisa, toutes des travestis, savent que leurs portraits, exposés au prestigieux Centre Jorge Luis Borges, font du bruit dans la presse. La mairie de droite de Buenos Aires vient de déclarer l'exposition "d'intérêt culturel".

La voiture s'arrête, monte Stefania, dite "La comtesse", 37 ans, cheveux longs et visage grave, venue de Mendoza, à la frontière du Chili, puis, un peu plus loin, Sayuri, 23 ans, péruvienne pleine d'humour. Sans leur complicité, Savary aurait difficilement réalisé son projet.

"Il s'est présenté comme artiste et à distribué des cartes de visite", raconte Sayuri. Ce soir-là, elles étaient rassemblées car il y avait des rumeurs selon lesquelles on cherchait à les chasser du Bois.

"Cette exposition peut être pour nous une opportunité", reprend Stefania. "Nous voulions nous mettre en scène, mais lui voulait que nous restions telles quelles", dit Sayuri, choisie par le photographe comme "conservateur de l'exposition". "Robinson s'est vite adapté, il a su se mettre à notre place", dit-elle.

Il y a deux ans, Robinson Savary a quitté Paris pour Buenos Aires. Il cherchait de l'inspiration pour un long-métrage en préparation : "Lady Doll", un thriller entre Tokyo et la capitale argentine.

Ce n'était pas un hasard : son père, le directeur de théâtre Jerôme Savary est né à Buenos Aires, de même que son parrain, le dessinateur et dramaturge Raul Damonte, dit "Copi" (1939-1987), auteur de la "La femme assise". Le titre de l'exposition, il le doit à un autre artiste argentin, Raul Escari.

Le Bois de Palermo est lui-même un miroir du Bois de Boulogne parisien, dont s'est inspiré le paysagiste français Charles Thays (1849-1934), devenu directeur des parcs et jardins à Buenos Aires : même lac, mêmes roseraies et mêmes travestis. A Buenos Aires, ils sont environ 400.

La voiture continue de tourner. Stefania et Sayuri reviennent sur les commentaires laissés sur le livre d'or de l'exposition.

Il y a bien sûr quelques dames de la bonne société auxquelles le sujet "ne plaît pas du tout". Mais la plupart sont très élogieux : "Les Etranges ? On devrait appeler cette exposition plutôt +Les personnes+", a écrit l'un d'entre eux. "Ne sommes-nous pas tous étranges ?", renchérit un autre.




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